Filmer pour le montage : pourquoi il faut tourner des options, pas seulement des plans

Quand on débute en production vidéo, on pense souvent que le tournage consiste simplement à filmer une belle image. Mais avec l’expérience, on comprend une chose essentielle : on ne filme pas seulement une vidéo, on filme des options pour le montage.

Le tournage ne doit pas être vu comme une étape séparée du montage. Il doit être pensé comme la matière première de la post-production. Plus tu donnes de choix au monteur, plus la vidéo finale peut devenir fluide, dynamique, professionnelle et adaptée au message.

Une bonne vidéo ne se construit donc pas seulement devant la caméra. Elle se construit dès la préparation, avec une vraie logique de storytelling vidéo, de cadrage, de rythme et de couverture de scène.

Le tournage doit servir le montage

Beaucoup de créateurs pensent qu’une fois la prise terminée, le plus dur est fait. En réalité, le montage commence déjà au tournage. Chaque plan doit répondre à une question simple : à quoi ce plan pourra-t-il servir au montage ?
Un plan peut servir à :

  • introduire un lieu ;
  • montrer une action ;
  • révéler une émotion ;
  • cacher une coupe ;
  • accélérer le rythme ;
  • ralentir une scène ;
  • illustrer une idée ;
  • créer une transition ;
  • donner du contexte ;
  • renforcer la crédibilité d’une vidéo.

C’est pour cela qu’un bon tournage ne se limite pas à capturer “le plan principal”. Il faut aussi filmer des angles supplémentaires, des détails, des réactions, des plans d’ambiance et du B-roll.
Adobe définit le B-roll comme des images complémentaires qui soutiennent les plans principaux, permettent d’établir une scène, de fluidifier une transition ou d’ajouter du sens à une vidéo.

Qu’est-ce que la couverture de scène ?

La couverture de scène, ou camera coverage, consiste à filmer une même scène sous plusieurs angles et avec plusieurs valeurs de plan. L’objectif est d’avoir assez de matière pour construire la scène au montage.
Au lieu de filmer une action une seule fois en plan fixe, on peut tourner :

  • un plan large ;
  • un plan moyen ;
  • un gros plan ;
  • un plan de réaction ;
  • un insert ;
  • un plan de détail ;
  • un plan d’ambiance ;
  • un mouvement de caméra ;
  • un plan de secours.

La couverture permet au monteur de choisir le meilleur angle à chaque moment. Elle donne plus de liberté pour ajuster le rythme, supprimer les longueurs, cacher les erreurs et renforcer l’émotion.
StudioBinder explique que la couverture dépend de ce qui est capturé dans le cadre, et que les tailles de plans sont essentielles pour obtenir une couverture fonctionnelle.

Le master shot : la base de la scène

Le master shot est souvent le plan de référence d’une scène. Il montre l’action principale dans son ensemble, généralement avec un plan large ou assez ouvert pour comprendre l’espace, les personnages et le mouvement.
Adobe explique que le master shot capture toute l’action d’une scène et sert de base de couverture, avec la possibilité pour le monteur d’y revenir pendant les pauses d’action ou de dialogue.

Dans une vidéo professionnelle, le master shot est utile parce qu’il donne une vision globale. Il permet au spectateur de comprendre où il se trouve, qui est présent et ce qui se passe.
Mais un master shot seul ne suffit pas toujours. Il donne la structure, mais les autres plans donnent le rythme, l’émotion et la précision.

Les coverage shots : les plans qui donnent de la liberté au montage

Après le master shot, il faut tourner des coverage shots, c’est-à-dire des plans complémentaires qui couvrent la scène sous d’autres angles.
Exemple simple : une personne lit un livre. Si tu filmes uniquement un plan fixe de la personne assise, ton montage sera limité. Mais si tu filmes aussi :

  • un gros plan sur le livre ;
  • un plan sur les mains ;
  • un plan sur le visage ;
  • un plan sur les yeux ;
  • un plan d’ambiance de la pièce ;
  • un plan de la lumière sur la table ;
  • un plan de réaction ;
  • un plan de dos ;
  • un mouvement lent vers le sujet ;
  • tu donnes au montage beaucoup plus de possibilités.

Tu peux ralentir la scène, l’accélérer, cacher une coupe, créer de l’émotion, ajouter une respiration ou construire une ambiance plus cinématographique.

Le B-roll : l’outil qui sauve souvent une vidéo

Le B-roll est l’un des éléments les plus importants dans une production vidéo professionnelle. Il permet de compléter le plan principal et d’enrichir le récit. Dans une vidéo corporate, une vidéo publicitaire, un Reel, un podcast vidéo ou une vidéo de marque, le B-roll peut transformer une vidéo simple en contenu beaucoup plus vivant.
Exemples de B-roll :

  • mains qui travaillent ;
  • détails d’un produit ;
  • réactions d’une personne ;
  • plans d’un lieu ;
  • écran d’ordinateur ;
  • équipe en action ;
  • objets liés au sujet ;
  • ambiance extérieure ;
  • coulisses du tournage ;
  • gestes précis ;
  • texture, lumière, mouvement.

Adobe recommande de planifier le B-roll avec une shot list pour capturer les bons plans capables de raconter l’histoire efficacement.
En montage, le B-roll sert souvent à :

  • éviter les plans trop longs ;
  • cacher une coupe ;
  • illustrer une phrase ;
  • ajouter du rythme ;
  • renforcer une idée ;
  • rendre la vidéo plus professionnelle ;
  • éviter que la vidéo repose uniquement sur une personne qui parle.

Pourquoi filmer plusieurs angles change tout

Filmer plusieurs angles donne au montage une vraie liberté. Avec un seul angle, tu es coincé. Si une phrase est trop longue, si un geste est maladroit ou si le rythme devient lent, tu as peu d’options.
Avec plusieurs angles, tu peux :

  • couper plus facilement ;
  • garder seulement les meilleurs moments ;
  • créer une progression ;
  • alterner entre émotion et information ;
  • passer d’un plan large à un gros plan ;
  • cacher une erreur ;
  • accélérer une scène ;
  • donner plus de valeur au contenu.

C’est particulièrement important pour les vidéos qui doivent retenir l’attention : Reels, TikTok, Shorts, publicités vidéo, VSL, vidéos de formation, témoignages clients ou contenus de marque.

Exemple concret : filmer une interview

Si tu filmes une interview avec une seule caméra, le montage peut vite devenir plat. Pour donner plus d’options, tu peux prévoir :

  • un plan principal face caméra ;
  • un plan secondaire de trois-quarts ;
  • un plan serré sur le visage ;
  • des plans de mains ;
  • des réactions de l’intervieweur ;
  • des plans du lieu ;
  • des plans d’objets liés au sujet ;
  • des plans de préparation ;
  • des images d’illustration en lien avec les propos.

Résultat : au montage, tu peux rendre l’interview plus fluide, plus dynamique et plus crédible. Tu peux aussi créer des extraits courts pour Instagram, TikTok, YouTube Shorts ou LinkedIn.

Exemple concret : filmer une vidéo publicitaire

Pour une vidéo publicitaire, il faut penser au montage dès le tournage. Si tu filmes un produit, ne filme pas seulement le produit posé sur une table. Filme aussi :

  • le produit en utilisation ;
  • un plan très serré sur les détails ;
  • un mouvement de caméra ;
  • une main qui touche le produit ;
  • une réaction client ;
  • le packaging ;
  • un plan avant/après ;
  • un plan lifestyle ;
  • une scène d’usage réelle ;
  • un plan final pour le CTA.

Ces plans permettent de créer une vidéo publicitaire plus convaincante, plus rythmée et plus facile à adapter en plusieurs formats : 16:9, 9:16, 1:1, Stories, Reels ou ADS.

Filmer en pensant au rythme

Une vidéo se construit avec du rythme. Et le rythme dépend directement de la matière disponible.

Si tu as uniquement des plans longs, tu ne peux pas créer un montage dynamique.
Si tu as uniquement des gros plans, tu peux manquer de contexte.
Si tu n’as aucun plan de détail, tu peux avoir du mal à cacher les coupes.
Si tu n’as aucun plan d’ambiance, la vidéo peut sembler froide ou incomplète.

C’est pourquoi il faut varier les plans au tournage :

  • plans larges pour situer ;
  • plans moyens pour suivre l’action ;
  • gros plans pour l’émotion ;
  • inserts pour les détails ;
  • B-roll pour enrichir ;
  • plans de réaction pour créer de l’humain ;
  • plans de transition pour fluidifier.

Une bonne vidéo n’est pas une suite de beaux plans isolés. C’est une construction pensée pour le montage.

Filmer plus ne veut pas dire filmer n’importe quoi

Attention : filmer des options ne veut pas dire filmer au hasard pendant des heures. Le but n’est pas d’avoir trop de rushs inutiles. Le but est d’avoir les bons plans.
Avant de tourner, il faut savoir :

  • quel est le message principal ;
  • quelles scènes sont indispensables ;
  • quels plans serviront au montage ;
  • quels détails peuvent enrichir l’histoire ;
  • quelles émotions il faut montrer ;
  • quels formats seront livrés ;
  • où les sous-titres et textes seront placés ;
  • quels plans peuvent servir pour les réseaux sociaux.

C’est là qu’une shot list devient importante. Une shot list permet de lister les plans à filmer avant le tournage. StudioBinder présente d’ailleurs les shot lists comme un outil permettant de préparer les plans, les setups, les storyboards et les estimations de temps pour organiser une production vidéo.

Méthode simple avant un tournage

Avant de tourner une vidéo, tu peux préparer ton plan de tournage avec cette structure :

1. Le plan principal

C’est le plan qui montre l’action ou le message principal. Exemple : une personne parle face caméra, un chef prépare un plat, un client utilise un produit.

2. Le plan large

Il donne le contexte : lieu, ambiance, espace, environnement.

3. Les plans moyens

Ils montrent l’action de manière claire, sans être trop éloignés.

4. Les gros plans

Ils montrent les émotions, les détails, les gestes et les éléments importants.

5. Les inserts

Ce sont les plans de détails : mains, objet, écran, produit, texture, outil, packaging.

6. Les réactions

Elles ajoutent de l’humain : sourire, regard, concentration, surprise, écoute.

7. Le B-roll

Il enrichit l’histoire et donne de la matière pour le montage.

8. Les plans de transition

Ils permettent de passer naturellement d’une idée à une autre : porte qui s’ouvre, déplacement, changement de lieu, mouvement de caméra, objet posé.

Checklist : tourner en pensant au montage

Avant de terminer un tournage, vérifie ces points :

  1. Ai-je un plan large de chaque scène ?
  2. Ai-je des plans moyens pour suivre l’action ?
  3. Ai-je des gros plans pour l’émotion ou les détails ?
  4. Ai-je assez de B-roll ?
  5. Ai-je des plans de réaction ?
  6. Ai-je des inserts utiles ?
  7. Ai-je des plans pour cacher les coupes ?
  8. Ai-je pensé aux formats verticaux et horizontaux ?
  9. Ai-je laissé assez d’espace pour les sous-titres ?
  10. Ai-je filmé assez d’options pour accélérer ou ralentir le montage ?
  11. Ai-je capté du son d’ambiance si nécessaire ?
  12. Ai-je filmé un plan de fin ou un plan CTA ?

Si tu réponds non à plusieurs questions, ton montage risque d’être limité.

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MoBen

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